Mardi 8 juillet 2008
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EVEIL A LA CREATIVITE ET ACCOMPAGNEMENT ARTISTIQUE
AVEC LA PERSONNE POLYHANDICAPEE.
Mes préoccupations actuelles consistent à trouver le vecteur artistique le mieux adapté dans la relation aux enfants
polyhandicapés, et plus spécifiquement avec les enfants qui ne sont pas maîtres de leurs mouvements.
Je prends ici comme exemple une séance récente avec C, un jeune garçon. Je commence la séance avec une musique (Titi
Robin et Gualarie Sapera), il s'agit une musique indo- européenne.
Au début ma démarche est proche de celle d'un comédien ou peut-être d'un
clown, au rythme de la musique je jongle avec le papier, me cachant parfois derrière, grimaçant lorsque j'apparais ; C. éclate de rire, tellement que ça finit par m'inquiéter, il respire
péniblement, le papier vole puis je le déchire toujours en relation avec C. , c'est à dire que je prends en compte chacun de ses mouvements dans la manipulation des morceaux de
papier ; parfois en empathie avec sa gestuelle, parfois en réponse au rythme qu'il me propose, la forme progresse en rythme avec ses impulsions (grands mouvements désordonnés des
bras, bave et cris).
Dans ce travail, j'essaie de laisser émerger de l'inconscient ... un peu du sien... un peu du
mien... un peu de celui de l'institution... Le fait est que j'interprète la forme comme étant un corps (le haut d'un corps).
Puis dans cette création commune je commence à placer les bras, à peu près perpendiculaires au tronc,
au moment précis ou je veux les fixer, C. avec les siens déplace le papier, ce qui fait un corps un peu tordu : à ce moment là, je comprends que je suis en train de reproduire mon imaginaire
du corps sans vraiment prendre en compte le sien.
C. dans sa gestuelle me rappelle à l'ordre, (à son ordre à lui), même si son geste était inconscient ou
plutôt involontaire, dans cette dynamique il devient très signifiant.
Je modifie donc un peu la "droiture" des bras, et je commence à fabriquer les jambes ; mais
la joie créative et insouciante de tout à l'heure a disparu.
C. pique un peu du nez, il semble subitement fatigué, un malaise s'installe, je m'immobilise un temps
pour finalement comprendre que je continue dans l'action de reproduire un corps valide. (je sais pourtant que C. n'à pratiquement pas d'énergie dans ses jambes). Dés que la situation s'éclaircit
pour moi, la joie et l'énergie reviennent, je chiffonne les jambes qui deviendront la tête, je peins un visage (en m'inspirant de celui de C. et construis une armature en bois qui permet de tenir
le papier.
Il s'agit là principalement d'un travail d'écoute, une écoute fine et subjective, une écoute qui se
fait tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Écoute de soi, écoute de l'autre.
Il y à aussi l'idée d'une intention qui n'est pas un projet.
Ainsi que d'un renoncement à sa propre vision, pour laisser de la place à celle de l'autre. Pour
qu'il y ait une communication non verbale donc corporelle c'est à moi d'aller vers C. et non
l'inverse, le clown (mouvements qui peuvent apparaître comme étant grotesques), la danse, la voix (chantée et criée) en sont les principaux véhicules, pour que la rencontre se fasse et que
l'objet plastique en découle.
LUDOVIC DE
VALON
Un espace de création à l'extérieur..... une sorte de "cabane de création".