MARCEL NUSS POUR UN ACCOMPAGNEMENT PLUS HUMANISE ET HUMANISANT ET UNE FORMATION PLUS ADAPTEE.

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UN ACCOMPAGNEMENT PLUS HUMANISE
ET HUMANISANT
ET UNE FORMATION PLUS ADAPTEE

Il n'y a pas de multiples façons de décliner l'accompagnement, tel qu'il a été compris et voulu par le législateur, les associations et les personnes autrement capables. La philosophie et l'éthique de l'accompagnement doivent être identiques quels que soient l'âge et le type de handicap, ce ne sont que les adaptations aux besoins des personnes qui doivent être personnalisées et individualisées.

Il y a un accompagnement qui doit être conforme aux attentes et aux besoins de chaque personne accompagnée. Un accompagnement qui doit répondre à ces attentes, au mieux et au plus près de celles-ci. En fait, si nous envisagions plusieurs types d'accompagnement, nous retournerions d'emblée dans les travers de l'assistance qui enfermait les personnes par catégorie de handicap, entravant et limitant ainsi leur autonomie. Or, la grande avancée proposée par la loi du 11 février 2005 réside justement dans une approche de la personne au cas par cas. Désormais, on aborde en premier lieu la personne sous l'angle de son individualité et non plus de son infirmité.

D'où la très grande exigence et la très grande complexité qu'implique la mise en place d'un accompagnement adapté et performant.
De ce fait, mettre la théorie émergente en conformité avec les pratiques, en matière d'accompagnement de la personne, est probablement ce qu'il y aura de plus difficile et délicat à obtenir, tant la diversité des situations est grande - il n'est pas exagéré de penser qu'il y aura autant de situations que de bénéficiaires de la PCH. Et cette mise en conformité passe inévitablement, à notre sens, par une reconsidération et une refondation des principes de l'accompagnement, mais également de la formation des métiers de l'accompagnement. Car, s'il n'y a qu'une forme d'accompagnement, il y a probablement autant de spécificités, donc de "spécialisations", à l'intérieur des métiers de l'accompagnement, qu'il y a de personnes accompagnées.

Partant, il est illusoire et dangereux de penser accompagner de façon similaire ou approchante une personne atteinte d'Alzheimer, polyhandicapée, myopathe ou tétraplégique, par exemple. De même qu'on n'accompagnera pas de la même façon un enfant, un adulte ou une personne âgée, une personne médicalisée ou non. On peut même aller plus loin en affirmant que, dans un même type de handicap ou de "dépendance", l'accompagnement divergera en fonction de la personnalité de la personne accompagnée. Nous sommes de ce fait effectivement dans le cadre du "cas par cas". On comprend donc aisément la nécessité de revoir la formation des accompagnants.

Toutefois, à notre avis, l'accompagnement est un idéal qu'il est primordial de démythifier, afin de le rendre crédible et vivable par le plus grand nombre.

Parce que cela va nous obliger, avant toute chose, accompagnés comme accompagnants, à apprendre l'adaptabilité, l'écoute, l'attention, "la présence à l'autre ", la tolérance, la réactivité et la patience. C'est-à-dire apprendre à nous remettre en question et à changer notre approche de l'autre, qu'il soit accompagnant ou accompagné. En fait, il est indispensable de ne jamais perdre de vue que l'on accompagne d'abord et avant tout des ÊTRES HUMAINS non des objets, même de compassion.

Cela paraît tellement évident qu'on peut avoir le sentiment d'avoir affaire à une lapalissade, pourtant il suffit d'aller sur le terrain pour comprendre combien cette négligence est maltraitante.
En cela, il faut être clair : sans empathie, il n'est pas de bon accompagnement possible. Pourtant, cette empathie fait beaucoup trop défaut actuellement, nous ne le dirons jamais assez, malheureusement.

D'ailleurs, au stade où nous en sommes, il est évident que nous avons tous à apprendre ou à réapprendre, à partager et à être plus disponibles à autrui. Un minimum d'empathie et de savoir-être passe, à notre sens, aussi par un apprentissage adéquat, un apprentissage incontournable lorsqu'on s'engage sur la voie des métiers de l'accompagnement.
Car, accompagner une ou des personnes nécessitant de l'accompagnement n'est pas donné à tout le monde, c'est une aptitude à l'empathie. Mais une aptitude qui ne peut s'affiner que par le biais d'une formation adéquate, qui intègre le concept de "présence à l'autre" et approfondisse la ou les spécificités des types de handicap.

Partant, un accompagnement ne pourra être réussi que s'il est le fruit d'un partenariat consenti et construit, jour après jour, par l'accompagné et ses accompagnants.
D'où la nécessité impérieuse, pour les deux partenaires de cette équipe si singulière de se choisir mutuellement, contrairement à ce qui se passe dans le cadre de l'assistance où les accompagnants sont fréquemment "imposés" par les prestataires de services, ESVAD, SSIAD et autres services de "maintien à domicile", en règle générale du fait d'un absentéisme, plus ou moins conséquent selon les régions, que l'on y rencontre.

Si les fondements de l'assistance reposent sur le concept de "penser et faire pour le handicapé", ceux de l'accompagnement s'inscrivent dans le concept de "penser et faire avec la personne autrement capable".

On comprend alors aisément l'importance que représentent les enjeux sociaux et humains de l'accompagnement, et l'importance de ne pas se tromper dans son élaboration et dans sa mise en œuvre, trop de promesses, trop d'attentes et d'espoirs sont en jeu dans cette nouvelle vision de l'être et de l'autre, en l'occurrence la personne autrement capable et ses accompagnants.
Du reste, à notre avis, les enjeux de l'accompagnement sont, aujourd'hui, plus d'ordre humaniste que technique. Il s'agit de fonder une nouvelle compréhension et appréhension de la personne et, partant, de la citoyenneté «... pour que chacun trouve sa (vraie) place. »